Aux enfants d’Israël, pardon pour votre enfance volée

Ma vie de maman

À mes enfants,
et aux enfants de cette génération.

Nous, adultes, vous demandons pardon.

Pardon de vous avoir fait grandir trop vite.
De vous avoir arrachés à l’insouciance sans vous demander votre avis.

Pardon que vos jeux de guerre ne soient pas nés de vos dessins animés, mais de votre réalité.
Que vous sachiez lire une carte pour deviner si la sirène retentira bientôt aussi chez nous.
Que vous reconnaissiez, à l’oreille, si l’explosion est proche… ou lointaine.

Pardon que votre enfance ait appris à distinguer le grondement d’un avion de celui d’un missile,
la sirène d’une ambulance de celle qui fait courir vers l’abri.
Pardon d’avoir fait de vous des calculateurs de secondes,
à estimer le temps avant la sirène,
le temps avant l’impact,
le temps avant de pouvoir sortir de l’abri respirer à nouveau.

Pardon pour ces nuits volées.
Pour ces sommeils serrés les uns contre les autres dans les abris,
comme si la proximité pouvait tenir la peur à distance.
Pardon de vous réveiller en sursaut,
de devoir vous arracher au lit en pleine nuit,
et de vous faire courir, dans l’obscurité et le froid de la rue, vers l’espace protégé le plus proche,
les yeux encore fermés, le cœur déjà affolé.

Pardon pour ces nuits passées ailleurs que dans vos lits,
sous des tentes dressées dans des parkings trop froids, trop bruyants, trop éclairés,
où même les rêves n’osent plus venir vous visiter.

Pardon pour vos peurs qui ne vous quittent plus.
Pour ces feux d’artifice qui vous font trembler au lieu de vous émerveiller.
Pour ces bruits trop forts qui déclenchent des tempêtes en vous.
Pour ces sirènes de jouets d’enfants qui accélèrent votre cœur, comme si le danger était réel.

Pardon pour cette école sur Zoom, à moitié réelle, à moitié suspendue.
Pour ces heures interminables devant des écrans qui remplacent les rires, les cours de récréation, la vie.
Pardon pour ces journées sans repères,
ces nuits sans heure,
ce monde qui s’est inversé sans vous prévenir.

Pardon pour cette enfance enfermée entre quatre murs,
commencée avec le COVID,
puis le 7 octobre,
la première guerre contre l’Iran,
et maintenant celle-ci.

Pardon d’avoir troqué vos masques de Pourim contre ceux du COVID.
Pardon qu’au lieu de courir dans les parcs,
vous ayez appris à courir vers les abris.

Pardon de vous avoir laissés, parfois, seuls face à une sirène,
dans un parc devenu soudain trop grand,
parce qu’on avait cru – juste un instant –
que ce serait une journée calme.

Pardon qu’à cinq ans,
vous sachiez porter votre petite sœur dans vos bras
et courir vers un abri comme si c’était naturel.
Pardon qu’à deux ans à peine,
vous connaissiez déjà ces mots :
אזעקה, טיל, ממ״ד.
Sirène. Missile. Abri.

Pardon d’avoir fait de vous
une génération d’angoisses,
de diagnostics,
de thérapies,
de silences lourds et de mots trop grands.
Une génération qui connaît le traumatisme
avant même de comprendre le monde.

Pardon de vous voir lever les yeux au ciel
et vous émerveiller devant l’explosion d’une interception de missile,
là où il ne devrait y avoir
que des étoiles ou des feux d’artifice.

Pardon de ne pas toujours savoir quoi vous dire.
De ne pas toujours savoir comment vous protéger.
Pardon d’avoir peur, nous aussi.
Pardon de vous promettre que tout ira bien
alors qu’au fond de nous,
nous ne savons pas.
Pardon d’en arriver à préparer un testament à à peine 30 ans… juste au cas où.

Pardon pour ces pensées que l’on n’ose pas dire,
mais qui traversent parfois nos nuits :
que si le pire arrivait,
au moins, nous mourrions tous ensemble.

On ne devrait pas avoir à vous demander pardon.
Cette guerre, nous ne l’avons pas choisie.
Nous ne l’avons pas voulue.

Mais quel parent ne ferait pas tout
pour protéger ses enfants et son peuple
pour éloigner la menace qui pèse sur eux ?

Nous menons une guerre existentielle que nous n’avons pas cherchée,
face à un ennemi qui nie notre droit d’exister et n’aspire qu’à notre destruction.

Et pourtant…
Pardon de devoir la mener
au prix de votre enfance déchirée,
au prix de votre innocence envolée.

Pardon de scander à l’unisson, encore et encore, depuis les sombres heures de la Shoah: « PLUS JAMAIS ! »
sans réussir encore à en faire une réalité.

Et pourtant,
cette terre est notre seul foyer.
Même lorsqu’elle saigne,
même lorsqu’elle crie.
Nous sommes le peuple juif qui, à travers les siècles,
a appris à renaître de ses cendres
et à exister envers et contre tous.

Alors on vous fait une promesse,
la seule que nous pouvons tenir vraiment :
continuer à vous protéger du mieux que l’on peut,
et tout faire,
absolument tout,
pour qu’un jour,
nous n’ayons plus jamais à vous demander pardon.

  • 27 mars 2026

    Ma fille a fait son alya l’été dernier avec ses 4 enfants et son mari, et je tremble tous les jours depuis un mois pour eux et tout Israël, votre lettre m’a profondément touchée, merci
    Chabbat Shalom