Je t'aime ma Sarah, du plus profond de mon âme...

Ma vie de maman

À ma Sarah chérie,

Dans la vie d’une maman, il y a de nombreuses étapes. Elles sont souvent surprenantes, interpellantes.
Comme dit grand-mère, nous perdons beaucoup de temps à ne pas bien nous aimer, et c’est tellement dommage.

Mais c’était un passage obligé je crois. On essaie, on doute, on a tellement peur de se louper… et puis on se loupe quand même car la peur n’est pas un certificat qui nous empêche d’avoir mal.
On loupe, on rate, on a mal… et c’est ça la vie, ce qui nous apprend et nous fait grandir. Il ne faut pas avoir peur d’essayer.

Mon erreur aura été de vouloir à tout prix te mettre dans les rangs.
Les rangs de ce que je croyais être la vérité, la seule piste qui te mènerait vers Dieu et te permettrait d’être connectée à Lui… alors que moi je l’étais si peu.
J’aurais voulu que tu sois cette  »hassida » que je n’étais pas. Comme une version corrigée de moi-même. Je ne savais pas que la seule chose qui importait c’était de t’accompagner vers qui tu étais.
Il faut croire que tu n’as pas eu besoin de mes certitudes pour découvrir les tiennes. Que tu es bien plus forte que tous mes désirs et ce que j’avais pu vouloir que tu sois. Tant mieux !!!

Va ton chemin, vis à fond tout en gardant cette magnifique famille que tu as créé avec tes rêves et ton regard neuf et frais sur la vie et les relations parentales.



C’est en étant qui tu es que je suis tellement fière de toi.
Je t’ai poussé certes, mais tout était là : le bon terrain, les bonnes graines, je n’ai pas eu à faire beaucoup d’efforts.
Quand je te regarde je suis tellement fière de qui tu es.
De ta sensibilité, de ton grand cœur, de ton désir de bien faire.
J’aurais aimé être ton amie si nous avions eu toutes les deux le même âge. Je me serais plainte de mes parents et tu m’aurais secouée !

Merci d’avoir partagé les moments précieux de ta vie, l’accouchement de mes petits-enfants a été un moment tellement magique, je l’ai reçu comme un cadeau inouï de toi et de grande générosité de la part d’Elyahou.
Merci pour ces rendez-vous quotidiens à la salle de sport et pour cette petite tète brune qui déboulait dans ma chambre avec ses petites gambettes maladroites.

J’aurais voulu être une grand-mère gâteau comme papa sait le faire avec simplicité. Je crois que j’étais déjà trop fatiguée quand Noam est né, j’essayais juste de m’en sortir.
Et malgré le peu d’investissement que j’ai mis à être grand-mère, je suis tellement surprise de voir qu’ils sont quand même attachés à moi… les mystères des transferts de l’amour.

Merci ma fille de me montrer que l’on peut réparer et construire de belles relations même quand le départ est mal barré.
Merci pour tout ce que tu m’as chouchouté, je me sens tellement bénie par tout ce que tu fais pour moi depuis le début de la maladie.

J’aurais voulu avoir su le faire pour toi, et au lieu de cela, c’est toi qui me l’as appris.
Les rôles s’inversent…

Je vous aime tellement tous…
Je t’aime ma Sarah, tout au fond de mon âme. Tu es ma première fille et quand tu es née cela a été un moment de grande révélation.

Meir était le 1er garçon de la famille, mais toi, tu étais un nouveau moi, une personne femme, comme moi, c’était comme de retrouvailles !
Quand tu es née je t’ai appelé Sheina Sarah (Belle Princesse).
Avec ton petit crane long et aplati par les ventouses, grand-père avait suggéré qu’un autre prénom serait peut-être plus adapté…
Je l’ai regardé droit dans les yeux et je lui ai rétorqué « elle sera magnifique ! ».
Et voilà, c’est ce que tu es : une belle jeune femme magnifique et brillante dehors comme dedans.

Suis ton chemin mon amour, je serai toujours à côté de toi près d’une fleur à cueillir à côté de Noam et une photo à croquer d’Eliana.
Dis à Elyahou combien je l’aime aussi comme un fils.

Je rajoute que cette lettre n’est pas une lettre d’adieu, mais si c’était le cas, alors elle aura été écrite, et c’est bien.

Maman.